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29.09.2006

Merci

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vendredi 29 septembre 2006, vers 20h15, Librairie-Galerie En Marge, Paris

De là, deux possibilités :

- replanter les chansons que j'ai écrites en milieu naturel, quelque part entre silence et bruits

- en écrire à nouveau suffisamment pour que ce soit la jungle.

D'ici là, rideau. Merci pour l'arrosage. C'était mon dernier passage sous cette forme.

 

à bientôt

 

Claudio 

22.12.2005

Arpenter l'abstrait : New-York, hologramme

Un voyage musical
- avec Soline, octobre-novembre 2005

 

Rien : The Message

D’une manière où d’une autre, mais plutôt d’une (celle-ci) c’est un voyage commencé il y a longtemps, en 1983. J'avais douze ans. Où ? Sur le plateau du Larzac. En allant à Millau fêter Noël, au pas de l’Escalette, Stéphane a mis sur le radiocassette portable que nous avions emmené un enregistrement de sa station lyonnaise préférée. Je ne me rappelle plus le nom de cette station, mais une de ses émissions, animée par un certain Mister Momo, diffusait presque exclusivement du funk, de la soul – choses que nous aimions déjà beaucoup – et, depuis quelques mois, une New Thing étrangement fascinante, « musique sans musique » que Stef a prudemment décrit à notre maman, qui conduisait la Citroën, comme susceptible de ne pas vraiment lui plaire. Plus qu’une musique sans musique (sans airs, en fait), c’était une musique de mots, une sorte de compost minimal de breakbeats et de speeches dont j’ignorais alors toute la généalogie (de Gil Scott Heron à Lee « Scratch » Perry en passant par les Last Poets), mais une musique dont la réalité brute m’a tout de suite – c’est bien le cas de le dire – frappé.

Rap, rapper, to rap, déjà, ça signait d’emblée un certain rapport entre faire et être. Comme « rock » et « jazz » auparavant, un nouveau genre musical – plus : une manière d’être en musique – se trouvait exprimé par un verbe. Et quel verbe ! The Message, un des premiers succès de GrandMaster Flash & the Furious Five, voilà ce que nous écoutions dans la voiture. THE Message – autrement dit : le verbe du verbe. Flash et ses Five s’y cognaient alternativement en riant : « Don’t push me cause I’m close to the edge, I’m trying not to lose my head ha, ha, ha, ha…! ». Evidemment, à l’âge que j’avais et venant d’où je venais, je n’ai sans doute pas immédiatement saisi la portée dudit message, ni la réalité à laquelle il référait. Mais ce que j’ai tout de suite senti, c’est le pesant de ces mots, de ce beat, administré avec une telle énergie qu’il en devenait flottant ; lourd, mais flottant. Dans sa brutalité pesée, et sans doute pensée, The Message montrait en même temps une certaine forme d’abstraction – qui reste le rapport le plus adéquat au réel, contrairement à ce que l’on pourrait croire.

J’ai eu du mal à m’en remettre. Quelques semaines après, j’ai réuni assez d’argent pour me procurer un exemplaire de White Lines, l’album du Flash, que le disquaire du coin (Hyères, Côte d’Azur, imaginez… !) avait bien opportunément commandé dans la foulée de Rock It, de Herbie Hancock, succès hip-hop ayant foudroyé la France cette année-là.

C’était donc il y a un peu plus de vingt ans, sur la route de Millau. Vingt ans pour passer de The Message (Grand Master Flash) à The Revolution will not be televised (Gil Scott Heron) et retour ; vingt ans aussi de Rock It à Inventions & Dimensions, du même Hancock - tellement "White Lines", lui aussi. Et dix ans, le temps (minimum) d’un devenir-adulte (ou d’une adolescence, si on veut), pour passer de White Lines à White Lite/White Heat, du Velvet Underground, adulte de naissance.

 

Rien n’aurait été : White Lite/White Heat

Rétrospectivement, la dureté du Message m’apparaît comme un antidote potentiel (même si ce n'est pas celui que j'ai choisi) au désir de fuite, d’évasion, de consolation qui constituait la véritable menace, le gaz régressif de mon rapport esthétique au monde les années suivantes. On est plus sérieux à treize ans, l’âge auquel j’ai reçu (en pleine tête !) The Message, qu’à dix-sept, parfois…

Bien sûr, le « symbolisme » dont on se plaît à revêtir ce qu’on appelle les diverses « formes d’expression » (en l’occurrence dispensatrices de fortes impressions...), y compris les plus directes, ou pour mieux dire immédiates ou urgentes, comme le hip-hop, le punk et toutes les irruptions-effractions éruptives et fractales du siècle (décrites par le révérend Marcus dans ses Lipstick Traces), ce symbolisme existe. Mais s'il existe, c’est bien pour être subverti. Une grande partie de la musique pop le démontre, contre l’autre partie, plus « commerciale » (mais pas sans elle). The Message aussi, c'était ce violent rapport à soi et au reste, avec le minimum de moyens et d’effets - certes, on ne lésine pas sur le delay, le slap et les synthés dans ce morceau, mais d’une part leur utilisation est loin d’être aussi ridicule que dans la plupart des morceaux issus de la production musicale de l’époque, et d’autre part ce n’est pas l’essentiel ; The Message est ailleurs (en dépit de ses habits… flashy, The Message ne repeint rien du monde et de l’immonde qu’il véhicule ; il les dépeint).

Tout le contraire évidemment de la musique qui m’a accaparé pendant quelques années - parce que c’était celle qu’on écoutait avec les copains et que c’était précisément sa fonction, d’être une musique « collante » autant que planante : si on s’en tient au mythe bien sûr, vous avez certainement reconnu Pink Floyd, Genesis et consorts, voire (en dépit de leur musique) Hendrix et les Doors.

Ainsi, contre le mythe (et le mythe est toujours plus rassurant que la musique dans ces cas-là) auquel ont notamment servi les Doors, en 1989, j’ai vite cherché à me constuire, avec quelques autres, un contre-mythe. Contre ce que j’imaginais moi aussi être la Californie, les hippies, les fleurs et l’oisiveté, il y a eu (ce que j’imaginais toujours être…) : New-York, les proto-punks, la Factory. The Velvet Underground : la musique et les drogues (dures) prises non comme moyen d'atteindre des paradis artificiels, de franchir d'illusoires "portes de la perception", mais comme fin en soi. Substance et non viatique. Parce que d’un moment à l’autre la réalité demande à être – allez, « symboliquement » – dévastée ("blankée"), et non pas fantasmée, déformée ou niée sous l’influence d’hallucinogènes divers. (Radicalement) dépeinte, plutôt que repeinte – même si, je ne m’en rendais pas compte, il existe bien la possibilité de repeindre radicalement la réalité.

Dans mon besoin de me cogner à quelque chose, évidemment je me trompais. Je fantasmais tout autant que le premier baba venu ; mais un baba négatif, un gothique (ce que je suis un temps devenu, d'ailleurs). Et la seule explication que je trouve à ces identifications erratiques, c’est qu’une petite ville côtière du Sud comme Hyères a sans doute plus en commun avec certains coins de Californie qu’avec Manhattan ou Brooklyn. Donc comme je détestais Hyères, je détestais la Californie (l’une des collines de cette riche petite ville se nomme d’ailleurs ainsi, ses habitants soignant à leur manière la forme attardée de complexe "gallo-ricain" que mes propres troubles exprimaient). Mais il faut dire aussi qu’à un moment donné, enfin, les trips entre copains ne consolent de rien (même avec des copines), et que la fusion-confusion de l’idéal et du réel se fracasse un jour contre une réalité incontournable, aussi vertigineuse que bien tangible : la conscience que l’on prend de sa solitude essentielle. Peu de relations y survivent, mais ce ne sont pas les moindres. N'est-ce pas ce que dit Lou Reed (en gros) ? "Vous êtes absolument seul, c’est vrai ; mais ce n'est pas grave, car justement vous n’êtes pas le seul".

 

Rien n'aurait été inattendu : TV Pills

Dans cette histoire, je me suis permis de ne pas me souvenir comment j’ai quitté Malcolm McLaren, et son World Famous Supreme Team Show (!), pillant Afrika Bambaataa sur un disque génial (Buffalo Galls) qu’on écoutait dans sa mansarde de Villeurbanne avec Stef, pour m’égarer dans l’art suprêmement décoratif de Prince & The Revolution (televised, pour le coup) et les nuages roses du progressif. La raison que je m’occultais sans doute à moi-même inconsciemment, à l’époque, c’est que mon grand frère avait fait ce fameux voyage à New-York, lui ; qu’il en avait ramené cassettes, objets, casquettes, et même sujet – sa conscience de soi ayant fait là-bas un bond important, contrairement à moi. Il fallait donc que je trouve autre chose. Autre chose que The Message, le hip-hop, le Club 54 et tout ça. Tant que Stef n’avait pas mis les pieds là-bas (et à condition d’adopter une vision élastique de notre rapport aux fantasmes urbains), on était à égalité : après tout, à Hyères aussi, il y avait un centre commercial avec des sols lisses où h-i-per-h-o-per (comme disait le présentateur d’une émission télé battant déjà de l’aile en 1984) ; ça n’était pas la Part-Dieu, bien sûr, mais enfin c’était peut-être bien là qu’un disquaire m’avait vendu Rock It, de Hancock (et qu’un autre disquaire me vendrait plus tard des affiches de films d’Alan Parker…)

Je peux donc aussi bien me permettre de ne pas me souvenir comment j’ai retrouvé McLaren, dix ans plus tard (mettons vers 1992), pillant Richard Hell, après avoir pillé la musique des townships sud-africains (D'ya like more scratchin' - un bon disque, autant que je me souvienne), le patrimoine lyrique (une catastrophe, là), le hip-hop et - donc – le punk new-yorkais. Tout ça dans le désordre. Il y a de toutes façons des chances pour que mon ami Julien puisse en être tenu pour partiellement responsable, comme de la dissipation de quelques nuages successivement progressifs, puis gothiques – lui qui me répondait Marquis de Sade (le groupe) lorsque je lui parlais Genesis, et Louis Philippe (toujours le « groupe ») lorsque je lui parlais Mission…

Dix ans après The Message et trois ans après que Les Inrockuptibles, flairant le snobisme anti-Doors des peine-à-jouir dans mon genre (le film d’Oliver Stone et la compilation datent à peu près de cette époque-là), aient contribué à faire connaître le Velvet – mais peut-être moins en ce qui me concerne que Bertrand Cantat, le chanteur de Noir Désir, hurlant « White Lite, White Heaaaaat ! » au détour des Ecorchés (1989), avant même que je sache qu’il s’agissait du titre d’une autre chanson d’un autre album d’un autre groupe, et une chanson « autre » d’un album « autre » d’un groupe « autre », d’ailleurs -, 1992 est l’année où New-York m'a une nouvelle fois rattrapé pour m’administrer ce que je crois être l’antidote au marasme cold-wave, essentiellement anglais, dans lequel je m'étais vautré, en compagnie (évidemment, c’est fait pour) de quelques potes.

J’ai réservé Marquee Moon, de Television, à la bibliothèque municipale d’Aix-en-Provence, où je faisais mes études. C’était juste avant leur reformation, pas tellement médiatisée, comme tout ce qui se rapporte à ce finalement assez discret groupe culte. J’avais lu dans une revue que Passion Fodder, encore infiniment plus discret groupe culte (mais dont on peut se demander si son culte lui survivra, contrairement à celui de Television qui alimente depuis toujours les anthologies du rock) mené par Theo Hakola (l’homme qui enregistra d’ailleurs le premier ep de Noir Désir), Passion Fodder s’inspirait donc, d'après cette revue, de Television pour son travail de guitares. Un détail, donc - qui plus est ne résistant guère à l’analyse musicalement parlant (Passion Fodder ayant quand même plus à voir avec la country punk des Violent Femmes et la gouaille sudiste de Nick Cave qu’avec les lignes arides et complexes de Tom Verlaine – TV, donc -, Richard Lloyd, Fred Sonic Smith et Billy Ficca, les quatre musiciens de Television).

Richard Hell, fondateur et éphémère guitariste du groupe avec Verlaine (le temps d’un mémorable single), le Richard Hell dont Malcolm McLaren s’était inspiré pour importer à Londres l’allure autodestructrice-debout, habits en loque et pinces-à-nourrice en accessoire de l’annihilant discours Blank Generation, reversé No Future de ce côté-ci de l’Atlantique, ce Richard Hell restera longtemps une abstraction pour moi, un poison diffus peut-être, jusqu’à ce que je le voie dix ans après, en 2002, donner la réplique à Michel Bulteau sur l’estrade d’un cinéma du cinquième arrondissement de Paris, lisant son message à lui, des bouts de textes littéralement durs, sur une « musique », un son tout aussi durs et aveuglants, de Dim Stars – autrement dit Sonic Youth + Richard Hell + Don Fleming… Larsens, frappes lourdes, et bouts de mots découpés-scotchés (Richard Hell est un scalpeur).

Mais au-delà, ou en deçà, de l’univers et de la galerie de personnages étranges créé par Hell et Verlaine (à l'époque où ils signaient ensemble "Theresa Stern", par exemple), qui m’apparaît encore comme l’élément rapporté, accidentel (bien que nécessaire, comme l’est la référence rimbaldienne dans l’œuvre de Patti Smith), en 1992, ce qui m’intéressait dans Television, c’était ni plus ni moins que LA MUSIQUE, rien d’autre. Avec cette idée : si génie new-yorkais il devait y avoir, quel que soit le crédit qu’on puisse apporter à cette idée douteuse, on le trouverait plutôt, pour prendre un exemple, dans le « dire » du Velvet que dans les écrits de Lou Reed, accessoires certes indispensables ; indispensables, mais accessoires. Et aujourd’hui encore, je n’ai toujours pas la moindre idée de ce que raconte (ou traduit) The Message, par exemple ; pourtant il me semble bien l’avoir reçu. Ecoutant Marquee Moon, lisant les notes de pochette, j’ai appris alors que Tom Verlaine trouvait nécessaire de s’inspirer des phrasés de Coltrane ou d'Ayler, non pas pour réhabiliter une certaine richesse musicale formelle que le punk a comme toutes les valeurs fort justement négligé voire piétiné, mais tout « simplement » pour dire ce qu’il avait à dire, faire sonner, résonner, ce qu’il entendait, d’à la fois violent et subtil, sans plus d’arrières-pensées, de symbolisme ou d’encodage que cela. Rapprochant rock et jazz (mes souvenirs hip-hop ne réémergeant pas complètement ; il faudra Basquiat, déambulant dans son Downtown 81, pour les raviver), j’ai vu alors se dessiner nettement devant moi un univers à la fois cahotique et cohérent, fait de lumières et de lignes, d’ombres blanches et d’angles droits. Television était à ce moment-là, avec Sonic Youth et le Velvet Underground, le « pilier » de mon imaginaire musical new-yorkais (si tant est que les mots « piler » et « imaginaire » aient un sens en l’occurrence, tant il conviendrait davantage de parler de miroirs et de réalités). Miroirs ou piliers, facade/ossature, structure ou surface, c’est à travers le prisme de morceaux comme Waiting for the man (VU), Friction (TV) et Schizophrenia (SY) que New-York m’a longtemps aimanté, découpé dans mon imaginaire tout ce qui s’y rapporte : les pérégrinations de Miller dans Sexus ou Tropique du capricorne comme les entrelacs de Dos Passos, les toiles de Pollock comme les expériences de Cage, les nuits au village Vanguard de Rollins et toute la ribambelle d’albums collectés sur des piles de cassettes entassées à la maison, épigones doués des susdits (Yo la Tengo, Luna, Elysian Fields) ou musiciens barrés comme John Zorn, Lurie ou Arto Lindsay. Même les toiles de Rothko aperçues un printemps au musée d’Art Moderne de Paris, même la musique de Feldman, la seule que j’aie pu écouter au lendemain d’un certain Onze Septembre, me font l’effet d’être pour moi des échos - certes amplifiants, en l’occurrence, mais des échos quand même - de ces premières impressions. (Mettons à part le cinéma : mis à part Taxi Driver et Jarmusch, les références universellement partagées à propos de New-York ne m’ont pas vraiment sauté aux yeux une fois sur place, faute de ce rythme et de ce souffle qui traversent le rock, le jazz, le hip-hop ou le punk).

Aller à New-York était donc aussi peut-être le moyen pour moi de restituer à leur autonomie des choses par trop lestées dans mon esprit du génie d’un lieu fantasmé.

 

Rien n’aurait été inattendu qui n’ait déjà eu lieu : dropping

Mais au fond rien, ou si peu, de ce qui nous est advenu, à Soline et moi, durant ce court passage à New-York : des rues et des avenues, des boutiques de la 42ème et des néons de la 8ème ; du métro erratique, sombre et cahotant ; de l’air conditionné partout ; des beignets au poisson dévorés le samedi soir à Chinatown après avoir retrouvé Aube à Grand Central et des tranches de jambon à l’immonde goût sucré (une des pires expériences gustatives de ma vie) achetées au supermarket de Brooklyn pour être avalées péniblement à Batery Park en compagnie d’un dindon attendant les prochains hollandais ; des différentes espèces d’humains qui se retrouvent à Central Park le dimanche autour de leur activité favorite ; des mystérieux colocataires d’Aube à peine entraperçus un soir dans le North Bronx (Karen), et l’autre au cœur de Brooklyn (Jake) ; des effrayantes décorations d’Halloween fignolées avec d’autant plus de soin que les maisons sont cossues, et de la parade d’Halloween elle-même ; des trésors africains ou amérindiens exposés sans vergogne au Met (entrée libre), entre une galerie bourrée à craquer de curieux penchés sur des dessins de Van Gogh et les hélices sinusoïdales (à moins que ce ne soient des sinus hélicoïdaux) d’un architecte catalan poursuivant les obsessions de Gaudi avec des moyens futuristes ; des collections sans fin et sans (double-)fond de peinture moderne européenne d’avant-guerres et américaine d’après-guerre (« un jour ils auront des peintres, allez »…) ; de l'échec urbain du Riverside, au bord de l'Hudson, où j'ai cherché en vain quelque chose des nombreux enregistrements que Bill Evans y a réalisé ; des falafels de Bryant Park, près de la New York Public Library, où par contre l’idée que se fait Mikel Dufrenne de la nature des villes, avec leur bruit et leurs enchevêtrement d’immeubles hauts et droits, différenciés, des villes comme fait brut, données immédiates, espaces nécessaires (exactement sans doute ce que Varèse avait en tête en composant Déserts), là cette idée m’est apparue évidente ; du concert d’une gloire southern soul nommée Robert Bradley, chanteur aveugle aux gueulantes aveuglantes et au groupe de soudeurs soudés, précédé d’un combo hip-hop/jazz bonnard scandant « People ! people ! people ! » pour un public de quatre personnes (nous compris) dans le main space de la Knitting Factory, là même où la veille The Mountain Goats donnait un concert sold out (même pour nos pommes de pélerins français), et alors même qu'un groupe rejoue du rock lyrique façon Simple Minds à l’étage en dessous ; d’un Thurston Moore a l’air renfrogné rangeant soigneusement ses lunettes de quinquagénaire arty avant d’arroser, de dos, le public du Rothko Club d’un flot de larsens brouillons (et ceci peu après qu’un groupe post-rock, répondant paraît-il au nom de WhiteHouse, vient de « crucifier » - dixit le presse locale – ce même public à coups de projecteurs au magnésium et d’une musique qui serait la traduction sonore de la lumière extrêmement blanche, semblable à un flash continu, que ce dispositif émet – n’était un registre d’accords un rien pompeux, rappelant parfois GodspeedYou!BlackEmperor), un Thurston Moore donc bien loin de l’éternel teenager vu et entendu célébrer avec les (alors, Jim O’Rourke est parti depuis) quatre autres fantastiques de Sonic Youth l’amour et l’eau brûlante du son et du bruit une semaine auparavant, Cité de la Musique à Paris, pour un improbable hommage à Lennon ; mais un Thurston moins renfrogné, tout de même, que l’amoureux new-yorkais d’Aube lorsqu’elle annonce que tout ce noise lui fiche quand même un peu la nausée et qu'"elle se casse" (il en faut, croyez-moi...) ; du swing millésimé du Village Vanguard Orchestra (pas très vanguard tout de même, il faut bien le dire) ; de la ringardise nouveau riche des pubs irlandais du North Bronx où, le lendemain d’un soir où nous y avions échoué, assommés par une sorte de dance-music celte diffusée à plusieurs centaines de décibels, nous nous sommes vus confirmer tout de même que l’appétit suscité par l’Irish Breakfast au pays du muffin de trente centimètres cubes et du litre de café noirâtre individuel était somme toute justifié ; de la proximité de forêts rouges-jaunes sur les rives de l’Hudson (en lieu et place de la conurbation infinie que j’imaginais, qui se trouve être le lot du New Jersey, surtout) ; de cette pierre noire comme du charbon, qu’on trouve aussi à Central Park (où le premier rocher, situé à l’entrée nord, côté MalcolmX Boulevard, porte d’ailleurs des traces de magnésie) ; de l’irruption régulière des effluves maritimes et du bain de zef et d’azur pris sur le pont de Brooklyn, qui fit dire à Soline que le MISTRAL s’était mis à souffler sur l’East River ; de l’agrément parfait d’une pizza, puis une autre, commandées au coin d’une rue de Tribeca ; des sculptures de Sol Lewitt en forme de flans multicolores, sur le toit du Met, et d’autres du même, au Madison Square ou à la Dia Art Fondation de Beacon, à côté des corolles d’acier géantes de Richard Serra, et d’autant de pièces de tant d’autres, haies métalliques rappelant la flore de posidoni, simple fil à coudre tendu à travers des salles immenses, découpant l’espace en autant de plans à traverser…

Au fond rien de tout cela n’aurait-il pas été inattendu, s’il n’y avait eu The Message ?

Car New-York est une ville familière, bien sûr. On l’a quittée sans regret, non pas qu’on n’y serait pas restés, mais parce qu’en bonne libérale elle s’est laissée prendre, et puis quitter sans frustrer. Elle a suscité pour moi, par exemple, un certain plaisir à retrouver Paris. Serait-elle masochiste ? Disons plutôt qu’elle semble sans mystères, contrairement à la plupart des villes que je connais.

Elle n’est pourtant pas anonyme ; ce n’est pas une ville nouvelle ni une utopie, bien qu’elle en emprunte certaines formes. Est-ce que son mystère ne résiderait donc pas précisément en cela qu’elle est sans mystères ? Comme un endroit où rien n’est caché, où tout est donné, comme dans une espèce de nature ? C’est la leçon du Message, de Pollock, de Sonic Youth et des autres : rien d’autre que ce qui est là, rien derrière – et s’il y a quelque chose derrière, autant l’étaler.

Pour Stéphane, décembre 2005

 

28.11.2005

Mirages

A ce jour, quatre enregistrements sont disponibles sous le nom de LunDi.

"4" est le quatrième enregistrement à paraître sous le nom de LunDi, chez Hinah ce mois de juin 2007. Songes égaux, sept chansons d'amour et de guerre, est disponible depuis 2006 en téléchargement, ou (en dur) à mon adresse contre un objet de votre cru et/ou de votre choix. Mobiles/Motifs est paru en avril 2005 sur Hinah, ainsi que Cendres ascendantes, autoproduit en janvier 2004.

 

 

"4" est le quatrième enregistrement à paraître sous le nom de LunDi, chez Hinah ce mois de juin 2007.

"4",medium_clip_image002.7.jpg pour le chiffre. Et ce qu'il évoque : l'espace - enfin, "l'espace", un bien grand mot : disons un lopin de terre un peu désolé, presque un récif, avec du vent, une mer pas baignable, un reste de vieille neige. Et une radio rouillée.

Moins compact que "Songes égaux", moins évident aussi. Les deux premières chansons ("Quatre choses" ; "Axes") auraient pu être écrites par deux personnes différentes, l'une passant les frontières, l'autre y étant acculée. "A l'avenir" est une balade classique d'amour et de mort. Le texte de la suivante ("21/22") est de Laurent Del Monte et il y a une pièce instrumentale pour finir ("qu'on oublie").

"4" contient : 1. Quatre choses (pour Robin Seguy) 2. Axes 3. A l'avenir 4. (a loudly) Happy Song 5. 21-22 6. (qu'on oublie) 

Enregistré en février 2007 par Christian Ugolini. Mixage : Christian Ugolini, Claude-Marin Herbert. Textes et compositions : Claude-Marin Herbert/LunDi sous licence cc : by-nc-nd. Tous instruments : Claude-Marin Herbert. Illustration : Soline.

 

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Songes égaux comprend sept chansons ; sept chansons d'amour et de guerre.

Moins de paysages et d'états d'âme dans ce disque, plus de la sourde inquiétude du monde - j'y paye mon tribut à Joy Division, Léonard Cohen, Tchouang-tseu et Toni Negri. (Bref, c'est assez sombre). Avec Christian (Ugolini), cela nous a pris cinq jours d'enregistrement, et deux de mixage. Et c'est mon vieux Rameau retapé qu'on entend entre le bruit d'une mer calme et les drones urbains.

"Songes égaux" contient : 1. Les grands soirs 2. (drone 1) 3. Songes égaux 4. Marie nulle part/Anne toujours 5. Chutes-Lavie 6. Epris et repris 7. Devenir-nu 8. Le goût du jour* 9. (épilogue) Enregistré en février 2006 par Christian Ugolini. Mixage : Christian Ugolini, Claude-Marin Herbert. Textes et compositions : Claude-Marin Herbert/LunDi sous licence cc : by-nc-nd. Tous instruments : Claude-Marin Herbert. Illustration : Soline, avec Stéphane.

*(pour stef)

 

 

Pour Mobiles/Motifs, c'est encore une histoire de piano. Je voulais faire ça chez moi, avecmedium_mobilesmotifsrecto.jpg Sarah et Christian aux manettes. Et puis en cours d'accordage mon petit piano droit m'a lâché, j'ai mis six mois à le réparer. Nous nous sommes donc rabattus chez Sarah, trois jours de février où il a neigé abondamment, et c'est son beau Pleyel qu'on entend sur ces six titres. "Mobiles", ce sont les petites structures musicales, légères j'espère mais un peu entêtantes, qu'on entend d'un bout à l'autre de "Mille Plateaux", "Rares sont les nomades", "Elizabeth Shadow" ; et "motifs", le reste - ce qui fait bouger le mobile....
Le souvenir de mon père Jean-Loup, mort cet hiver, m'a accompagné pendant toutes les prises, particulièrement "Rares sont les nomades", et le morceau caché (appelons-le : "1001 nuits").

"Mobiles/Motifs" contient : 1. 1000 plateaux 2. Rares sont les nomades 3. La nebbia 4. Elizabeth shadow 5. Haïku .... Enregistré en février 2005 par Sarah Triollier et Christian Ugolini. Mixage : Christian Ugolini, Claude-Marin Herbert. Textes et compositions : Claude-Marin Herbert/LunDi sous licence cc : by-nc-nd. Tous instruments : Claude-Marin Herbert. Illustration : Soline.

Dans le souvenir de Jean-Loup.

 

  

medium_cendresascrecto.jpgPour Cendres ascendantes, avec la complicité de Sarah et Dominique, je me suis introduit un matin de janvier 2004 dans les sous-sols de l'Opéra Bastille. Il y avait là un grand piano, des micros et une table de mixage. Ce piano, je voulais simplement qu'on entende qu'il était fait de longues cordes, de marteaux et de feutres.

Comme nous avions peu de temps, nous avons fait les prises piano-voix simultanément, en live, et aux trois morceaux que je souhaitais enregistrer initialement ("La rivière" ; "Cendres ascendantes" ; "Une autre vie"), nous avons ajouté "Le partage des eaux" et "La tectonique des plaques". Des titres évidemment assez évocateurs... Le paysage, un état d'âme ? ou le contraire ?

"Cendres ascendantes" contient : 1. La rivière 2. Cendres ascendantes 3. Une autre vie 4. Le partage des eaux 5. La tectonique des plaques. Enregistré en janvier 2004 par Sarah Triollier et Dominique Ledolley. Mixage : Dominique Ledolley, Claude-Marin Herbert. Textes et compositions : Claude-Marin Herbert/LunDi sous licence cc : by-nc-nd. Tous instruments : Claude-Marin Herbert. Illustration : Soline. Merci à : Elle. Et aussi : Olivier, Luc, David Watts.




 

 

Vous souhaitez vous procurer ces albums ?

Ecrivez-moi à l'adresse suivante :

LunDi c/o Claude-Marin Herbert
26, avenue Michel Bizot
75 012 Paris 

Contre un objet, n'importe quoi, de votre cru (un disque, un poème, un dessin, un texte théorique, un texte érotique, un pot de confiture...) ou de votre choix (un disque, un livre, un mets de votre région, un caillou, une petite somme d'argent...), je vous enverrai un exemplaire du CD - n'oubliez pas de préciser à quelle adresse.

Ces albums sont également mis en vente dans quelques bonnes boutiques parisiennes (Ground Zero, En Marge)

...

 

 

01.11.2005

Message

M e s s a g e

Je vais essayer de me présenter.

Si un jour vous venez chez moi, vous trouverez :
- quelques livres sur une étagère, un ensemble dépareillé de philosophes et de romanciers du siècle dernier, Tchouang-Tseu et Lester Bangs aussi
- au mur, des reproductions de Mark Rothko, les peintures de mon amie Soline, la pochette d'un album des Nits, celle de The Blue Moods of Spain, une carte de géomorphologie des Alpes, entre autres
- de quoi faire la cuisine (épices en tous genre) et sans doute à boire (liqueurs maison)
- un mur de cassettes, quelques milliers d'albums enregistrés - des classiques (Love Supreme, White Light/White Heat, Five Leaves Left) et des curiosités (Sonic Youth joue John Cage, des musiciens d'ici qui ont pour noms "Bed" ou "Red", les Nits de Work à Urk et de Ting à Whool, Rodolphe Burger et Olivier Cadiot en pays welche...)

Venu de la "chanson rock", en groupe puis seul, je ne sais pas bien si ce que j'essaie de faire est désormais conforme à l'écriture et à la mise en scène que ce genre implique. Je fais quelques concerts, j'enregistre des disques. Si mes chansons pouvaient faire entendre quelque chose pendant que je les joue ou qu'on les écoute, ce serait parfait. Bref, que "ça" résonne.

claudio/LunDi

 

M i r a g e s

A ce jour, quatre enregistrements sont disponibles sous le nom de LunDi.

"4" est le quatrième enregistrement que je ferai paraître sous le nom de LunDi, chez Hinah ce mois de juin 2007. Songes égaux, sept chansons d'amour et de guerre, est disponible depuis 2006 à mon adresse contre un objet de votre cru et/ou de votre choix. Mobiles/Motifs est paru en avril 2005 sur Hinah. Cendres ascendantes, autoproduit en janvier 2004, est désormais disponible en téléchargement sur le même site. Ainsi que d'autres chansons ici et .

 

 

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LunDi c/o Claude-Marin Herbert
26-28, avenue Michel Bizot
75 012 Paris

Contre un objet, n'importe quoi, de votre cru (un disque, un poème, un dessin, un texte théorique, un texte érotique, un pot de confiture...) ou de votre choix (un disque, un livre, un mets de votre région, un caillou, une petite somme d'argent...), je vous enverrai un exemplaire du CD - n'oubliez pas de préciser à quelle adresse.

Ces albums sont également mis en vente dans quelques bonnes boutiques parisiennes (Ground Zero, En Marge)

 

 

P a s s a g e s

Depuis janvier 2004, des lieux comme Le Connétable ou En Marge me font l'honneur de m'accueillir régulièrement. Qu'ils soient remerciés, Cyril et Françoise, Jean-Pierre, et tous ceux que je vois venir de temps à autre écouter ces balades.

 

claudio/LunDi,

c/o Claude-Marin Herbert, 26-28 avenue Michel Bizot 75012 Paris

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